En Normandie, la filière forêt-bois compte 19 835 collaborateurs et collaboratrices. Parmi eux, 82 % sont des hommes. Ce chiffre n’est pas une fatalité. C’est un héritage, et une opportunité.
Nous avons mené des études et posé des questions difficiles aux établissements de formation, aux entreprises, aux élèves de la filière. Et nous partageons ce que nous avons appris, sans filtre.
Ce que disent les établissements de formation : un signal faible qui mérite d’être amplifié
En 2022, seulement 6,55 % des élèves de la filière bois-forêt en Normandie étaient des femmes. Un chiffre qui interroge — mais qui cache une réalité beaucoup plus intéressante.
Car parmi ces filles qui franchissent le pas, 100 % l’ont fait par intérêt personnel. Pas par défaut, pas poussées par l’entourage. Par passion. Par choix délibéré. À titre de comparaison, ce chiffre tombe à 86 % pour les garçons.
Ce détail change tout. Il dit quelque chose d’essentiel : les femmes qui choisissent la filière forêt-bois la veulent vraiment.
Le pivot générationnel : les jeunes ont compris
L’enquête menée dans les centres de formation révèle une fracture générationnelle saisissante.
Les élèves — filles et garçons confondus — s’accordent largement sur un point : la valeur d’une personne est liée au travail qu’elle fournit, quel que soit son sexe. Une vision égalitaire, moderne, cohérente avec le monde dans lequel ils vivent.
Mais dans le même souffle, ces mêmes jeunes reconnaissent que les obstacles viennent souvent des générations plus anciennes. Un élève l’a dit sans détour lors des entretiens : « Mon patron m’a répété à plusieurs reprises que les femmes, ça sait pas bosser. »
Ce témoignage résume le défi central de la filière : la nouvelle génération est prête pour la mixité. C’est l’écosystème qui doit la rejoindre.
Les chiffres qui dérangent — et qu’on assume
L’enquête ne masque pas les aspérités :
- 60 % des filles interrogées ont admis avoir eu du mal à trouver un stage ou une alternance, contre 33 % des garçons. Un écart qui reflète une réticence encore trop présente dans certaines entreprises.
- 80 % des filles ont déclaré avoir entendu des remarques stéréotypées sur les capacités des femmes dans leur établissement (« Les femmes ne sont pas assez fortes et n’ont rien à faire en forêt »).
- 83 % des formateurs et formatrices n’ont jamais reçu de formation spécifique pour aborder les questions d’égalité et de mixité — et 70 % d’entre eux ignoraient même que cela existait.
Ces données ne sont pas là pour accabler. Elles sont là pour nommer ce qui freine, afin de mieux agir.
Ce qui change — et c’est réel
Voici ce qui est encourageant, et il est important de le dire :
✅ Parmi tous les répondants des établissements de formation, aucun n’affirme que la mixité s’est dégradée ces dernières années.
✅ 25 % des formateurs et formatrices perçoivent une évolution positive.
✅ La grande majorité du personnel administratif et de direction confirme que la mixité s’est améliorée dans leur établissement.
✅ Du côté des entreprises, FIBOIS Normandie a accompagné des acteurs engagés — Alliance Forêt Bois, ONF, Biocombustibles, Duchesne, Künkel, Ateliers Aubert Labansat — qui ont accepté de se regarder en face, de partager leurs pratiques, et de progresser concrètement.
Pourquoi c’est l’avenir de la filière qui est en jeu
La filière forêt-bois normande fait face à un enjeu massif de recrutement. Les conducteurs de travaux manquent. Les opérateurs de scierie manquent. Les charpentiers manquent. Un renouvellement générationnel est en cours, et il est urgent.
Dans ce contexte, se priver de 50 % du vivier de talents potentiels, c’est s’affaiblir soi-même. Ouvrir la filière aux femmes, ce n’est pas une question de quota ou d’image — c’est une question de survie économique et de compétitivité.
Et au-delà des chiffres : les études le montrent, les équipes mixtes sont plus créatives, plus résilientes, plus performantes. La forêt le sait depuis toujours — la biodiversité, c’est ce qui rend un écosystème robuste.
Ce que nous faisons — et ce qu’il reste à faire
FIBOIS Normandie a engagé une démarche structurée :
- Une enquête dans les établissements de formation, pour comprendre les freins dès l’origine des parcours
- Un guide des bonnes pratiques à destination des entreprises, pour leur donner des outils concrets (recrutement inclusif, intégration, égalité salariale, lutte contre les stéréotypes)
- Un accompagnement terrain par le cabinet ÉQUILIBRES, avec observations ergonomiques sous prisme du genre
Mais les études ne suffisent pas. Les guides ne suffisent pas. Ce qui change les choses, ce sont les femmes qui racontent leurs parcours, les entreprises qui s’engagent, les formateurs qui se forment, les jeunes qui refusent que les blagues sexistes soient banalisées.
À toutes les femmes qui travaillent dans la filière, qui y étudient, qui y pensent : votre place est ici. Et nous avons tout à y gagner.











