Nous avons rencontré Thibaut Blondet et Émile Bruneau de l’atelier Orzàn au Havre. Ce duo d’architectes, né de la volonté de concevoir des projets ancrés et inspirés par le littoral, place au cœur de sa pratique l’artisanat et le savoir-faire local. Implantés en Normandie et en Bretagne, ils interviennent à toutes les échelles : du mobilier et des espaces intérieurs jusqu’à la réhabilitation et la construction neuve.
Pouvez-vous nous présenter votre agence, son histoire et les valeurs qui guident votre pratique architecturale ?
Thibaut Blondet : Nous envisageons notre démarche avant tout comme un atelier d’expérimentation ! Pour accompagner les maîtrises d’ouvrage publiques et privées, nous mobilisons une vraie diversité d’outils : de dessin à la main et la maquette jusqu’à des représentations beaucoup plus contemporaines.
Nous sommes animés par une sensibilité commune aux enjeux environnementaux et une attention particulière portée au design comme à l’architecture d’intérieur. Notre approche se veut sobre, contextualisée et exigeante : trouver le juste dimensionnement des espaces selon leurs usages réels, employer les matériaux de manière raisonnée et s’appuyer sur les qualités naturelles du site pour privilégier une architecture biosourcée, durable et pérenne.
Émile Bruneau : En parallèle, nous menons une recherche constante d’innovations low-tech. Associée à un soin minutieux du détail, elle nourrit chacun de nos projets pour apporter une réponse spécifique à son contexte, en conciliant qualité d’usage, maîtrise constructive et simplicité.
Nos parcours respectifs en France et à l’étranger, notamment en Espagne, au Portugal ou à La Réunion, ont aussi beaucoup enrichi notre regard sur les cultures architecturales et les savoir-faire constructifs.
Thibaut Blondet : Ces voyages nourrissent notre volonté de concevoir une architecture profondément ancrée dans son territoire, attentive à ses ressources, son patrimoine et ses paysages, avec l’ambition de les révéler autant que de les préserver.
Votre projet Les Briques a été récompensé par le Prix Régional de la Construction Bois et Biosourcés. Il se distingue par une démarche très engagée : fabrication sur place, réemploi du bois, valorisation des chutes... Pourquoi était-il important pour vous d’intégrer ces principes dès la conception ?
Émile Bruneau : Parce que pour nous, l’engagement environnemental et le respect de la matière ne sont pas des options qu’on ajoute à la fin. Les intégrer dès la conception nous permet de faire du réemploi et des circuits courts la structure même du projet, et non une contrainte.
Tous les éléments étaient présents dès le début, que ce soit avec la MOA ou sur site. Il est apparu évident de travailler avec Jean (MOA), menuisier, sur l’ensemble de l’agencement intérieur. Le programme prévoyant la construction de son atelier sur la parcelle (unique construction neuve), sa construction a pu se faire indépendamment de la rénovation du corps de ferme, et ainsi pouvoir phaser les travaux intérieurs en fonction de la livraison de l’atelier. Et concernant le réemploi et la valorisation des chutes, il aurait été dommage de ne pas profiter de ces matériaux issus de la démolition/curage du site : escalier existant en bois, pierre de Caen, etc. Ce genre de « démarche » ne devrait pas en être une, mais plutôt une habitude.
Qu’est-ce qui vous semble aujourd’hui essentiel pour continuer à développer l’usage du bois dans la construction ?
Thibaut Blondet : Mieux sensibiliser les maîtrises d’ouvrage, qu’elles soient professionnelles ou particulières. Il y a encore un important travail de pédagogie à mener pour faire connaître ses possibilités, ses performances et ses atouts environnementaux, mais aussi pour rassurer sur sa mise en œuvre et son coût. Le développement de la filière est également un enjeu majeur. Nous avons besoin de plus d’acteurs, de savoir-faire et de capacités de production à l’échelle du territoire pour rendre les solutions bois compétitives. Plus la demande augmentera, plus la filière se structurera, et plus le bois deviendra une évidence accessible pour tous.
Émile Bruneau : Cela passe aussi par le second œuvre et l’aménagement intérieur ! Aujourd’hui, le bois, notamment sous forme de panneaux massifs ou de contreplaqué, est encore trop effacé face au « tout-placo ». C’est une excellente porte d’entrée pour les maîtres d’ouvrage que le bois en structure peu parfois sembler complexe ou plus engageante. C’est à nous, architectes, de prescrire davantage de bois massif et des produits les moins transformés possible. C’est aussi une manière de faire connaître ses qualités, de développer la demande et, par conséquent, de contribuer au développement de la filière, de ses acteurs et de leurs savoir-faire. Enfin, il est important de poursuivre le travail autour de la réglementation. L’accumulation des normes et des contraintes peut parfois rendre les maîtres d’œuvre et les maîtres d’ouvrage plus frileux dans la prescription du bois. Il est donc nécessaire que les acteurs de la filière puissent porter une parole collective et défendre, lorsque cela est pertinent, une certaine souplesse dans l’application des règles, afin de ne pas freiner inutilement le développement de la construction bois.
Vous venez de rejoindre Fibois Normandie. Qu’attendez-vous de cette adhésion et quelles collaborations aimeriez-vous développer au sein de la filière ?
Thibaut Blondet : Notre première attente, c’est la rencontre ! Nous voulons mieux connaître les acteurs de la filière bois normands. Il est important de développer une connaissance fine de l’écosystème local afin de pouvoir devenir des prescripteurs pertinents auprès de nos commanditaires et de les orienter vers les bons savoir-faire et les bonnes entreprises locales.
Émile Bruneau : C’est aussi une opportunité de profiter des outils et ressources de Fibois pour approfondir nos connaissances et rester à jour, notamment sur les évolutions réglementaires, les techniques constructives et les enjeux liés à la construction bois.
Thibaut Blondet : L’adhésion doit aussi nous permettre de développer des collaborations concrètes avec les entreprises, bureaux d’études et autres adhérents pour travailler ensemble sur nos futurs projets et tisser un véritable réseau local.
Dans notre pratique, nous cherchons à promouvoir la construction bois et, plus largement, une architecture sobre et bas carbone auprès de nos commanditaires. Nous croyons profondément au potentiel de cette filière et à son importance pour répondre aux enjeux environnementaux et construire autrement demain. Rejoindre Fibois, c’est donc aussi une manière de soutenir cette dynamique et d’y contribuer à notre échelle.
Émile Bruneau : Enfin nous souhaitons être des acteurs engagés du développement de la filière. En promouvant la construction bois et une architecture sobre et bas carbone auprès de nos commanditaires. Nous croyons profondément au potentiel de cette filière et à son importance pour répondre aux enjeux environnementaux et construire autrement demain. Rejoindre Fibois, c’est donc aussi une manière de soutenir cette dynamique et d’y contribuer à notre échelle.















